La scène se passe il y a 4.700, en Chine. La princesse Si-Ling Chi buvait son the à l’ombre d’un mûrier et fut surprise par la chute d’un petit objet blanc dans sa tasse ; elle le retira, l’observa et decouvrit qu’elle pouvait en devider un fil d’une extraordinaire finesse et d’une grande longueur. La soie et la sericiculture venaient de naître.

Le ver à soie ou bombyx à la vie très courte n’a pour seule activite que la ponte de 300 à 500 oeufs ; après 4 semaines, la chenille file son cocon durant 3 jours et 3 nuits en croisant et recroisant un fil de soie sur une vingtaine de couches. Ce fil a une extraordinaire finesse : 30 millièmes de millimètres de diam. et une longueur d’environ 2 km. Une fois seches, ces cocons sont ebouillantes et se defont pour donner le fil dont on rassemblera les brins par moulinage et qui, après nettoyage, donnera le fil destine au tissage de la soie.

Dès la plus haute antiquite, les Chinois excellèrent dans la fabrication de la soie et les soieries Chinoises s’exportèrent par le chemin des Routes de la Soie qu’empruntèrent les marchands et qui varièrent au cours des epoques. Du 2è au 14è siècle, ces Routes de la Soie reliaient la Chine à l’Occident en passant pas la Perse et le Moyen-Orient ; il y eut egalement une Route maritime. L’Italie devint en occident une plaque tournante du commerce de la soie car les Routes de la Soie y convergeaient ; dejà les croises avaient rapporte le secret de la soie en Italie, (Lucque, Florence, Venise) et les Normands en Sicile. Lyon est à l’epoque un centre commercial repute pour les textiles dont les plus beaux viennent d’Italie. Louis XI en 1466 decide que l’on produira soi-même, sans droits ni taxes, ces fameuses soieries, à Lyon ; devant les protestations Lyonnaises, Louis XI transfère la fabrication à Tours où subsiste encore une des dernières manufactures de tissage à bras.

Dans les annees 1535-1536, sous François 1er, 2 marchands reinstallent la soierie à Lyon où la charte est accordee. En 1576, on compte dans la region lyonnaise environ 224 « maîtres veloutiers, taffetatins, fileurs et teinturiers ». Au 16è siècle, Lyon deviendra la capitale europeenne de la soie, avec notamment ses « façonnes » qui firent la reputation des Soyeux Lyonnais, mais aussi des splendides velours, et plus tard ils mêleront à la soie les fils d’or et d’argent. Enfin, abandonnant les references orientalisantes et italianisantes, Lyon va creer un vrai style avec des compositions originales et colorees, y compris des paysages. En 1744, Jacques Vaucanson met au point un metier mecanique pour le tissage des taffetas et enfin au 19è les fameux metiers à tisser de Jacquard, qui vont revolutionner la fabrications des tissus (les dessins y sont programmes par des cartons perfores).

Les ouvriers de la soie, les CANUTS, sont des milliers à travailler sans relâche à la prosperite de la cite, dans des conditions difficiles. Ils participeront avec les artistes du dessin et de la soierie à l’essor de la region lyonnaise. Jusqu’au debut du 20ème siècle, des soiteliers lyonnais sortirent, velours, taffetas, serge, satin, brocart, mais aussi des lames (avec fils d’or et d’argent), des damas (motifs de satin brillant sur fond mat) ou des velours de soie. Grâce au talent et à la creativite de ses dessinateurs, les motifs et dessins sont renouveles. Les soieries lyonnaises auront habille les plus hauts dignitaires et ornes les palais de toutes les cours europeennes. Même passe au stade industriel, la qualite et la beaute des realisations lyonnaises seront mondialement reconnues.


L’industrialisation arrive dans les annees 1825-1830 avec la diffusion des metiers « JACQUARD ». Les Soyeux Lyonnais deviennent des industriels, les Canuts, proletaires de la soie, se revoltent et clament qu’ils veulent « vivre en travaillant ou mourir en combattant ».


Ces annees de combat sont aussi celles du renouveau des arts decoratifs ; l’expansion de la haute couture entraîne une nouvelle prosperite pour les Soyeux, qui, en 1925, pour les couturiers, creent un nouveau style. Les grands couturiers sont à l’epoque, tous français : PATOU, POIRET, CHANEL, GRES,… tous utilisent les soieries et font appel aux peintres de l’epoque : LORJOU, SONIA DELAUNAY, DUFY,… très inspires par la noblesse et la beaute des tissus qui leur sont proposes comme supports.


A notre epoque, la soie naturelle est un produit rare et precieux qui represente à peine 0,20% des fibres textiles utilisees. A Lyon même, la soie represente plus que 1% de l’activite textile mais une trentaine de Soyeux Lyonnais continuent la tradition.


Aujourd’hui la production de la soie est en majeure partie asiatique (Chine, Japon, Inde) parfois et dans une plus faible mesure de Russie ou du Bresil. On a delaisse cet extraordinaire produit naturel qui depuis plus de 4 millenaires a inspire des milliers d’artistes et produit autant de chef d’oeuvre au profit de fibres synthetiques moins coûteuses. Mais la soie reste toujours ce produit naturel extraordinaire au toucher, bien plus doux que la peau, un textile veritablement fait pour la peau, avec des motifs, des coloris à nul autre pareils.


Abandonne une telle production est une aberration. On l’a compris et l’on cherche à developper à nouveau la sericiculture en France, notamment les Cevennes et l’Ardèche. Rhône ALpes, 1ère region textile française pourrait reprendre cette activite qui fit sa gloire et sa prosperite. Le monde entier vient toujours à Lyon « pour faire travailler les soies les plus difficiles, pour entreprendre les creations les plus complexes pour realiser les restaurations les plus delicates »(P.Milleron). Ic, on a garde le savoir-faire, les gestes qui s’enracinent dans le passe mais qui vivent et s’adaptent au present, car il y a une filiation, une lignee, jamais interrompue entre les artistes du passe et ceux d’aujourd’hui.

La soie d’ailleurs revient à la mode, dit-on, comme si elle avait jamais ete demodee,… comme si les chefs-d’oeuvre à laquelle la soie avait servi de support etaient à jamais oublies. A ce propos, si vous allez dans la region lyonnaise, faites un tour à Charlieu voir les très anciennes machines textiles ; à Montboucher/Jabron (Drôme),le musee de la soie et les metiers anciens, à Lyon la « Maison des Canuts ». Mieux encore, rendez visite, dans l’Ain, à Jujurieux aux soieries C.I Bonnet « qui n’ont par leur pareil pour tisser le Velours façonne, art dans lequel elles excellent depuis un siècle et dont la haute couture se montre toujours friande ».

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